vendredi 6 avril 2018

Sigiriya (Le rocher du lion)


Sigiriya est le monument le plus célèbre du Sri-Lanka autant dire qu'il est vain d'y espérer être seul. C'est aussi l'un de ceux qui demande le plus d'effort puisque pour arriver en haut il faut monter, par des escaliers faciles, la plupart du temps modernes, l'équivalent d'une soixantaine d'étages!






Outre son aspect extraordinaire, ce lieu aurait une Histoire shakespearienne. À la fin du ve siècle, Kassapa I, le fils aîné provenant d'une concubine, du roi d'Anurâdhapura Dhatusena entre en conflit avec son frère cadet Moggallana. Le trône doit revenir de droit au fils légitime mais Kassyapa ne l'entend pas ainsi. Il fomente un complot et tue son père en l'emmurant vivant puis prend le contrôle de la régence et expulse son frère Moggallana qui est contraint à un exil forcé en Inde. Moggallana, en quittant son frère, l'avertit qu'il reviendra et qu'il vengera leur défunt père. Extrêmement précautionneux et paranoïaque, Kassapa qui sait qu’un jour ou l’autre son frère reviendra, lève son armée et quitte la capitale royale d'Anurâdhapura pour s'installer à Sigirîya en attendant le retour de son frère. Il choisit le site de Sigirîya en raison de l'immense rocher culminant à 370 mètres aux parois abruptes qui joue le rôle d'impressionnantes murailles et de la présence à dix kilomètres d'un tank, réservoir d'eau qu'avait jadis creusé son père. Les travaux d'aménagement du site sont relativement courts, comparé à la difficulté et à l'ampleur de la tâche à accomplir.
Kassapa fait bâtir au sommet du rocher une forteresse et il aménage au sol toute la partie qui s'étend au Sud et à l'Est du rocher où il fait édifier deux rangées de murailles et de fossés, le Nord et l’Ouest étant protégés par l’épaissejungle qui empêche toute invasion massive. Kassapa fait trouer une percée souterraine depuis le réservoir situé au Nord-Est jusqu’au site de Sigirîya afin d’y amener l’eau courante, la pente de cette canalisation est très faible et l’écart d’altitude entre le réservoir et le site de Sigirîya n’excède pas 50 centimètres. Cependant cela suffit pour que l’eau jaillisse à Sigirîya et les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et constellés de petites fontaines. Cette eau est acheminée jusqu’au sommet du rocher par un procédé de citernes sans aucune force humaine et elle s’écoule au sommet alimentant la piscine du roi, et les différents réservoirs destinés à l’arrosage des jardins et à la toilette des membres de la cour.
Une fois les travaux de gros œuvre achevés, Kassapa s’installe dans son palais où il demeure, craintif, la plus grande partie de son temps. Il est entouré de sa cour composée de servants, de valets, d’hommes de main, de confiance et de ses courtisanes. La légende dit que le roi Kassapa était entouré de mille courtisanes, les demoiselles de Sigirîya. Il fait peindre, dans un style proche de celui d'Ajantâ, dans une large anfractuosité de la roche de la face sud du rocher, à mi-hauteur, les portraits de pied ou de buste de toutes ces demoiselles - ou plus probablement des apsarâs, au nombre de vingt-et-une - toutes différentes.Kassapa poste ses gardes autour du rocher dans les jardins aménagés derrière les murailles, les constructions épousent habilement les formes géologiques du site, tantôt une grosse pierre sert de mur et de fondation, tantôt une anfractuosité dans la roche sert de soutien à une toiture… Cette utilisation ingénieuse de la nature environnante permit entre autres d’accélérer les travaux. Les gardes sont tous placés sur des promontoires à la surface exagérément petite et chaotique, toute perte de vigilance ou assoupissement entraînant la chute de la sentinelle.
Pendant dix-huit ans, Kassapa vit reclus dans sa forteresse attendant au milieu de sa cour plutôt féminine le retour de son frère Mogallana. Durant ce temps, Mogallana réfugié en Inde, lève une armée avec l’aide d’un râja et traverse le détroit de Palk qui sépare le continent indien de Ceylan puis fait directement route vers Anurâdhapura qu’il trouve complètement abandonnée. Il obtient des renseignements qui lui permettent de retrouver son frère parricide à Sigirîya.
Alors que Kassapa séjourne tranquillement au sommet de son rocher, il voit arriver par le Sud et par l’Est des troupes qu’il identifie aussitôt : son frère est de retour. Kassapa boucle les jardins et met la garde en alerte pour le combat qu’il pense forcément gagné étant donné l’avantage que lui confère sa position. Mogallana, en fin stratège, déploie ses troupes autour du site et l’assiège, attendant que son frère descende au combat. Mais, Kassapa avait pensé à tout, sauf au ravitaillement en cas de siège. Après à peine une semaine, Kassapa épuisé par la faim descend et se livre, sans combat, à son frère aîné qui l’exécute. Une autre version de cette histoire est qu'il ne se serait pas rendu mais aurait préféré se jeter sur son épée.



Cette terrible histoire a été écrite au XII ème siècle et certains doutent de sa véracité. Ce qui est sûr c'est que le site a été occupé par des moines dès le II ème siècle et qu'il a été abandonné après le XIV ème siècle.











Le site est une destination de prédilection pour les voyages scolaires




A peu près au tiers de la montée se trouve la récompense des efforts: les restes de merveilleuses fresques qui jadis faisaient le tour du rocher. Ces figures subsistent car elles ont été protégées par une "casquette" du rocher.




















Ce sont en quelque sorte ces fresques qui ont permis la redécouverte du rocher. C'est à la lorgnette, de la plaine en contrebas, qu'en 1870, un fonctionnaire britannique en scrutant la jungle (on voit que déjà les fonctionnaires avaient des loisirs mais qu'ils savaient les occuper d'une manière originale) aperçu les fresques. Il faudra attendre 1875 pour trouver un archéologue alpiniste, qui puisse se hisser jusqu'aux belles dames qui sont tout ce qui reste d'une peinture qui devait avoir 140 mètres de long pour dans certains endroits 40 mètres de haut.







On monte encore un peu, on est environ à mi-chemin du sommet, et l'on arrive à ce qui donne le nom au site: le lion ou du moins ce qu'il en reste ses pattes. C'est en 1898 que l'archéologue britannique Bell, lors d'une campagne de fouille découvrit ces deux énormes pattes. Jadis un gigantesque lion en brique devait sembler sortir du rocher. Il aurait été sculpté au Vème siècle. Un escalier, pour l'ascension finale du rocher partait entre les patte de la bête pour monter jusqu'à la gueule et y entrer.










Et voilà enfin le sommet où subsiste les ruine du palais (ou du monastère) dont il ne reste que les fondations le reste des bâtiments devait être en bois et a disparu.







Du sommet on découvre le plan des jardins qui entourent le rocher. Il ne reste plus qu'à redescendre les soixante étages!








2 commentaires:

  1. Quel site ! aussi extraordinaire en contrebas qu’en vue aérienne perdue dans les brumes, et vos photos sont très belles, très vivante celle avec le regard des écoliers. Les fresques qui semblent toute fraîches, les impressionnantes pattes du lion, et les singes qui semblent toujours bien occupés, complètent cet étonnant tableau. Ce serait un superbe décor pour un film historique sur l’histoire romanesque du roi Kapassa 1er ( à propos, je découvre à l’instant qu’un écrivain français un certain Alain Delbe a écrit en 2012 un roman sur ce sujet "Sigiriya, le Rocher du Lion" ... )

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    1. J'ai entendu parler de ce livre mais je ne l'ai pas lu. Je sais juste qu'il donne une autre version de la mort du roi qui aurait payé un sbire pour l'assassiner n'ayant pas le courage de se donner la mort.
      Le site est vraiment extraordinaire mais mes genoux s'en souviennent encore...

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