samedi 7 avril 2018

Arelate de Laurent Sieurac et Alain Genot (réédition augmentée)







Arelate est le nom antique de la cité d’Arles. C’était une cité majeure dans la Gaule romanisée, une des plus importantes au sud de Lugdunum (Lyon), à la croisée de plusieurs grands axes commerciaux.
La saga dessinée par Laurent Sieurac et écrite par Alain Genot se déroule donc principalement à Arles à l'époque de la Rome impériale se compose de deux époques chacune divisées en trois volumes. Les trois premiers ont été regroupés en un seul.
L'histoire est axée autours de Vitalis, un citoyen qui, pour payer ses dettes, va choisir de devenir gladiateur et donc esclave. Dans des circonstances tragiques, Vitalis devient ami avec Neiko (qui est au centre de la deuxième époque), un jeune patricien dont la famille appartient à la congrégation des Nautes et qui apprend le travail de batelier sur le Rhône. Le choix de ce curieux duos est judicieux car il permet aux auteurs d'explorer deux strates de la société romaine et deux activités très différentes, la gladiature et la navigation fluviale.



Ci-dessous les résumés des 6 albums, bien que j'ai essayé de ne pas trop déflorer l'intrigue pour garder l'effet de surprise, peut être, vaut-!l les lire après avoir lu les albums. Pourtant je crois qu'il a été nécessaire de les établir car plusieurs intrigues se mêle dans cette série, certaines n'ayant que de lointains rapports entre elles

Arelate/1 : Vitalis
Cleopas éd. (septembre 2012), 64 p.
À la fin du Ier s. de n.È., dans la cité d'Arelate (Arles), Vitalis, tailleur de pierre sur le chantier de l'amphithéâtre d'Arles, se voit renvoyer suite à une nouvelle rixe. Le jeune homme, bagarreur, buveur et joueur, doit une grosse somme d'argent à un riche citoyen et son esclave, Hortensis, n'hésitera pas à les menacer, lui et Carmilia, sa femme enceinte. Un engrenage se met inexorablement en branle et rapidement le seul moyen pour rembourser sa dette sera d'accepter la proposition d'Atticus, entraîneur de gladiateurs, de devenir l'un d'eux. Commence alors pour notre héros un long entraînement qui le mènera à participer, en tant que gladiateur, à l'inauguration de l'amphithéâtre de la ville, celui là même qu'il avait participé à construire.




Arelate/2 : Auctoratus
Cleopas éd. (29 novembre 2012), 64 p.
Maintenant qu'il est un auctoratus, Vitalis va subir pendant de longs mois sa formation de Provocator sous la houlette d'Atticus. Pendant ce temps, son épouse Carmilia, mène à terme sa grossesse et donne naissance à un garçon en parfaite santé. Tout semble se passer pour le mieux pour eux d'autant qu'ils trouvent dans le couple formé par Atticus et Dhélia, un vrai soutien. Ce n'est finalement pas la première défaite dans l'arène pour Vitalis qui va assombrir tout cela. Non, les nuages noirs ont le visage de son beau père qui se démène dans l'ombre pour obtenir le divorce de sa fille avant la naissance de son petit fils, lui évitant ainsi l'infamie de naître esclave, comme l'est son père. Vitalis est pratiquement anéanti par ce qui lui arrive, mais l'aide d'Atticus est précieuse et lui permet de ne pas sombrer définitivement après avoir vu sa femme et son fils partir loin de lui. Durant cette période, Neiko va scrupuleusement tenir la promesse qu'il a faite à son père et suivre assidûment les cours de son instituteur tout en prenant, grâce à l'intervention de son père, un premier engagement à bord d'un navire fluvial. Les fêtes religieuses du printemps — les Liberalia — approchent à grand pas et alors que Vitalis y donne son premier combat et subit donc sa première défaite, elles son synonyme pour Neiko, de son passage à l'âge adulte durant la cérémonie où il va revêtir sa toge virile et apprendre que son père lui a trouvé une femme ! Quelle ironie ! Il se retrouve forcé d'épouser une femme qu'il ne connaît pas alors même que Vitalis qui lui s'est marié par amour, se retrouve divorcé. Le chantier de l'amphithéâtre touchant à sa fin, Caius Julius Priscus, candidat au duumvirat quinquennal à Arles et prêtre d'Auguste qui a financé une partie de la construction de l'amphithéâtre commande à Olympus des jeux inauguraux grandioses. En tant que supporter d'Atticus, pendant la période où il était rétiaire, il exige également que ce dernier redescende sur la piste en mettant dans la balance le rachat de sa liberté. Trois destinées qui se croisent, s'entrecroisent et s'influencent. La liberté pour l'un, peut être au prix de sa vie, l'accomplissement d'un rêve pour l'autre avec le sacrifice d'une partie de sa liberté et enfin pour le dernier, la perte de tout ce qu'il lui était cher alors qu'il semblait enfin toucher au bonheur...




Arelate/3 : Atticus
Cleopas (6 juillet 2013), 64 p.
Maintenant qu'il a perdu sa famille, Vitalis doit se résoudre à se plonger corps et âme dans la gladiature, s'il veut espérer survivre à ces 5 ans de contrat comme auctoratus. Tant que Carmilia était là pour le réfréner, il arrivait tant bien que mal à dompter sa colère; mais celle ci étant maintenant loin de lui, plus rien ne le ne retient de se plonger à nouveau dans ses travers et lorsqu'il croise Hortensis et ses hommes de mains, il ne lui en faut guère plus pour faire parler ses poings. S'il sort sans une égratignure de cette confrontation, son statut d'esclave le rattrape plus vite qu'il ne l'aurait cru et il se retrouve vite attaché au palus afin d'y subir le fouet, pour le plus grand déshonneur de son entraîneur Atticus, avec qui, dès lors, va s'installer une lourde tension.

Axés sur le personnage de Vitalis, les trois premiers albums d'Arelate ont fait l'objet d'une intégrale intitulée Premier Cycle, 100Bulles éd. (11 juin 2015), 192 p.





Arelate/4 : Neiko
100bulles (25 juin 2015), 64 p.
Le jeune ami de Vitalis, Neiko, qui rêve de devenir marin, remonte le Rhône vers Lyon sur un chaland halé par des esclaves et c'est loin d'être aussi exaltant que ce qu'il avait pu imaginer, même si le fleuve peut se révéler bien plus traître qu'il n'y parait. Après avoir livré sa cargaison de vin, Neiko doit retrouver Cæcilia, avec qui il va se fiancer lors d'une cérémonie organisée par son père. À cette occasion et par le plus grand des hasards, il va se retrouver nez à nez avec Carmilia, l'ex femme de Vitalis. 

De son côté, le jeune gladiateur poursuit son entraînement tout en tentant de résoudre le mystère entourant le meurtre de son ami et mentor Atticus. Il tente également de retrouver la trace de sa femme et de son enfant en faisant appel à un enquêteur ami, en vain... Tout aussi vaines sont les tentatives de la jolie Alfia de s'attirer les faveurs du jeune homme.





Arelate/5 : Hortensis
100Bulles Association (9 juin 2016), 64 p.

Hortensis, n'est pas à une escroquerie près mais il faut parfois éviter de jouer à ce jeu là avec certaines personnes. En payant de la marchandise avec de la fausse monnaie, il attire sur lui et sur son moule à frapper la monnaie, l'attention de Crassus, un trafiquant notoire de la cité d'Arelate. Ces deux là vont jouer au chat et à la souris et rien ne dit que l'affranchi de Caius Boronus s'en sorte indemne cette fois ci. 

Grâce à Neiko, Vitalis va apprendre que Carmilia, son ex femme se trouve dans la cité de Lugdunum. Ce n'est cependant pas cette nouvelle qui va emplir de joie la belle Alfia qui voit ainsi le jeune homme s'éloigner plus encore d'elle. Reste cependant encore à Vitalis à trouver un moyen pour rejoindre Lugdunum alors qu'il n'est officiellement pas retenu pour participer au spectacle qui aura lieu là bas et pour lequel son maître a été sollicité. Mais c'est sans compter sur le dévouement de son ami Tillius. 
Tiberius et la corporation des nautes se lancent eux aussi dans une vaste escroquerie avec le soutien des autres corporations du fleuve. Ils ne vont pas hésiter à incendier les domus de leurs concitoyens au risque de ravager la ville, pour arriver à leurs fins !




Arelate/6 Carmilia
100Bulles Association (juin 2017) 64 pages

Tandis que la cité d'Arelate panse ses plaies suite au terrible incendie qui a touché le quartier portuaire, Vitalis, grâce au sacrifice de son ami Tillius, est en route pour Lugdunum où il espère retrouver sa douce Carmilia. Dans l'ombre de la Cité arlésienne, les commanditaires de ces destructions peaufinent leur plan d'action, faisant place nette pour que rien ni personne n'interfère avec leur objectif. Quand à Hortensis, il n'a pas d'autre choix que de trouver une solution au conflit qui l'oppose à son ennemi intime Crassus.






Dès les premières pages on constate que cette bande-dessinée est très bien documentée. Le co-scénariste avec Laurent Sieurac, Alain Genot, est archéologue de métier à Arles. Ce qui a son importance car ainsi nous nous intéressons aux communs plutôt qu'aux grands de cette période, Alain Genot travaillant quasiment uniquement sur des objets du quotidien que lui et ses collègues découvrent en fouilles. L'intérêt principal de cette BD est sa crédibilité historique qui va jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. C'est presque un précis de civilisation romaine. 






En outre chaque album contient en fin du volume,un dossier de plusieurs pages, sur certains points évoqués dans la BD. La partie document ne fait qu’accroître l’intérêt de la série. Des questions aussi variées que les codes vestimentaires, les corporations professionnelles, la gladiature, la grossesse, les croyances et les rituels sont abordées, mais je ne dresse-là qu’une liste non exhaustive de l’éclairage apporté au lecteur.



Par exemple l'histoire réfute bien des mythes sur les gladiateurs. Les recherches récentes montrent que ces hommes étaient des sportifs de haut niveau dont le but était de produire un beau spectacle. Les morts étaient rares. On ne sacrifie pas facilement un homme que l’on a entraîné et nourri pendant des années ! Le personnage de Vitalis permet de montrer tous ces aspects méconnus : la hiérarchie des gladiateurs, leur entraînement, leur position sociale... Sur la question Arelate est incontestablement plus près de la vérité historique que Murena. Il est intéressant aussi de comparer le traitement fait de la gladiature avec celui dans le dernier album des aventures d'Alix. 
Le parti pris intéressant de principalement s'intéresser à la vie quotidienne des personnages, sans pour autant sacrifier l'intrigue qui est passionnante, le premier cycle se termine par un coup de théâtre, fait que le lecteur est immédiatement transporté dans la Rome du premier siècle après J.C.
Le découpage en deux cycles est assez artificiel. A la fin du deuxième on est loin d'avoir toutes les réponses aux questions que les différentes intrigues posent. La dernière case annonce une suite qui pour l'instant ne semble pas programmée.


Esthétiquement le dessin de Laurent Sieurac est honnête mais on est loin de la virtuosité de celui de Delaby dans Murena. Néanmoins le dessin s'améliore d'album en album. Si le dessinateur est assez virtuose pour la représentation des décors qui me semblent les plus justes de toutes les bandes-dessinées se déroulant dans la Rome antique,, il a encore un problème avec l'anatomie de ses personnages et surtout en ce qui concerne la différenciation des visages entre ceux des multiples protagonistes. Il est difficile de ne pas faire la comparaison entre les deux oeuvres. Arelate néanmoins avec son dessin en sépia possède une belle identité graphique. Sieurac y incorpore de temps en temps d’autres teintes qui vont attirer le regard comme le rouge pour représenter le sang ou les gris-bleutés lors des flash-back.


Ces passages en gris-bleu nous signalent un temps narratif légèrement décalé dans le passé et nous aident à mieux appréhender l’histoire principale. On peut ainsi mesurer la teneur de certains liens relationnels entre certains personnages ou l’importance d’un événement antérieur à l’action présente.


Une bande-dessinée indispensable à tous ceux qui s'intéressent à l'antiquité romaine.











Biographie d'Alain Sieurac (scénariste & dessinateur)
Alain Sieurac né un 6 mars 1974 dans la ville d'Arles.
«Après un Bac E obtenu dans cette même ville je passe quelques années à la fac de Luminy (Marseille) à étudier les sciences ou je décroche finalement une maîtrise de chimie. En parallèle se monte à Arles une petite association, dont j'allais devenir rapidement le trésorier, qui dans un premier temps allait lancer un petit magazine à parution occasionnelle du nom de Babylone, puis plus tard le festival «Arles fait ses bulles». 
L'aventure «Babylone» tournera rapidement court, mais elle aura eu le mérite de me re pousser à dessiner après mes premières années de fac studieuses. Naturellement je traversais l'avenue de Luminy pour aller juste en face, aux beaux arts. 
S'enchaînent alors diverses collaborations, avec Ange pour le tome 6 de La Geste des Chevaliers Dragons, puis avec Jean Charles Gaudin pour les deux premiers tomes de l'adaptation du chef d'œuvre de Robin Hobb, L'Assassin Royal, puis avec Patrick Weber pour l'adaptation là aussi de son roman Vikings : Les racines de L'ordre Noir chez Timée et enfin avec Jean François Di Giorgio pour une trilogie intitulé Eric Le Rouge.
En parallèle de cette production pour Soleil, je crée une nouvelle série intitulé Arelate en collaboration avec Alain Genot qui cosigne le scénario de cette histoire se passant sur Arles à la fin du premier siècle après J.-C. C'est pour moi l'occasion de revenir au scénario mais également à la couleur.»
Sieurac tient un intéressant blog: https://laurentsieurac.blogspot.fr/



Biographie d'Alain Genot (co-scénariste, archéologue)
Alain Genot est né le 19 avril 1973 à Rognac (13) et a vécu et grandi dans la ville de Berre l'Etang (13). 
«Après un Bac B (science éco), je suis entré à la faculté des lettres d'Aix en Provence où j'ai suivi des études d'Histoire tout en ayant des emplois salariés. Je me suis ensuite spécialisé en archéologie et en 1998 j'ai obtenu une Maîtrise de science et technique en archéologie et patrimoine méditerranéen. S'ensuivent les premiers chantiers en tant qu'archéologue salarié (jusque là le bénévolat était la règle) et ma première direction scientifique d'une opération archéologique en 1999 à... Berre l'Etang. Cette opération durera trois ans et sera l'occasion pour moi de concilier deux aspects qui me semblent primordiaux de mon métier : la gestion complète d'une opération archéologique et l'ouverture vers le grand public.
En effet, ce que l'on appelle la médiation de l'archéologie est à mes yeux une mission fondamentale de service public qui ne doit pas être considérée comme un objet de luxe. Cette ouverture vers le public me vaudra d'être contacté, courant 2003, par le musée départemental Arles antique, alors à la recherche d'un scientifique sensible à la vulgarisation scientifique. C'est au sein du service archéologique de cet établissement que je travaille actuellement, partageant mon temps entre le travail de terrain, la rédaction scientifique et la mise en place d'actions à destination du grand public.»



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