dimanche 4 mars 2018

Call me by your name un film de Luca Guadagnino




Nous sommes en 1983. Comme chaque été une famille passe l'été dans leur belle maison du nord de l'Italie. Le père ( Michael Stuhlbarg ) est un érudit, je n'ai pas bien compris à quoi il applique exactement son savoir, mais il semble être une sorte d'expert américain en antiquités gréco-romaines. Il a besoin chaque année d'un assistant pour 1983 ce sera Oliver. La mère quant à elle est une traductrice polyglotte, comme le film dans lequel on entend de l'anglais, de l'italien du français et même un peu d'allemand. Entre deux cogitations, ils ont réussi à faire un fils, Elio un bel adolescent qui comme il se doit pour un rejeton de telles sommités est aussi intelligent que ses parents. Le garçon s'est donné comme programme estival de retranscrire au piano ou à la guitare des morceaux de Bach, de lire quelques livres et de flirter avec une jeune beauté locale de son âge. Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée d'Oliver un accort doctorant américain de 25 ans venu aider le père d'Elio dans ses travaux... Contrairement à ce que pourrait faire penser ma lacunaire présentation nous ne serons pas dans un remake de Théorème car le bel Oliver ne va s'intéresser véritablement qu'à Elio auquel il va offrir son premier frisson d'amour...


Je me plains régulièrement que nombre de films et de livres mettent en scènes des pauvresses, tant sur le plan matériel qu'intellectuel. Personnages auxquelles il m'est difficile de m'attacher en raison de leur indigence question matière grise. Ce n'est pas le cas ici, on est même surpris que des gens aussi intelligents puissent tomber amoureux...


Le film de Luca Guadagnino est scénarisé par James Ivory, dont on retrouve par caméra interposée l'élégance, d'après le roman d'André Anciman (que je n'ai pas encore lu).
Techniquement le film n'est pas loin de la perfection. La photographie est due à Mukdeeprom, formidable chef op d'Apichatpong Weerasethakul. Son travail relèvent parfois, en dépit de sa discrétion, de la prouesse comme ce plan séquence qui commence par être net au premier plan et flou sur le plan arrière qui soudain devient net alors que le premier plan lui devient flou pour qu'ensuite l'image redevienne à son état d'origine.




Le film est à la fois lent, surtout dans sa première partie, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il s'agit d'un cache cache amoureux et composé de nombreuses séquences courtes situées presque toujours dans de beaux lieux ce qui induit un savant travail de montage et de repérage. Que cette Italie est belle... Cette lenteur de la narration va paradoxalement de paire avec de nombreuses ellipses scénaristiques. L'évolution des sentiments, l'écoulement du temps, le contexte social ou politique nous sont suggérés par des images significatives, parfois un peu trop, et fugitives. Ainsi ce film qui pourrait paraître limpide demande une grande attention de la part du spectateur.
Le tournage a été réalisé dans une vrai maison et non en studio, ce qui aide à donner une âme aux images. A l'heure où je vous écrit, elle est à vendre pour 1,7 million d'euros... C'est d'autre part le village de Moscazzan dans la province de Crémone en Lombardie, au sud-est de Milan qui sert de décor au film. Moscazzan est à mi chemin sur la route qui mène de Milan à Crémone.




Si le corps d'Elio sensuellement caressé durant tout le film par la caméra de Mukdeeprom m'a ensorcelé durant toute la projection, la courbe du ventre d'Elio devrait habiter mes rêves quelques temps, je lui préfère néanmoins le garçon de « Brooklyn village » d'Ira Sach qui découvrait son homosexualité d'une façon plus secrète qu'Elio...


Il demeure que « Call me by your name » est merveilleux portrait d'un adolescent que je suis sûr beaucoup rêveraient d'avoir connu. Le film est parfaitement servit par tout ses acteurs, à commencer par Timothée Chalamet qui mériterait bien un oscar d'interprétation. Le talentueux garçon est de tout les plans et l'on n'ignore rien de son physique sauf, film américain oblige, sa « frontal nudity ». Ce qui est dommage pas seulement parce que cette absence fruste le voyeur que je suis, mais celle-ci nous révèlerait si, effectivement, comme il est dit dans le film, la famille d'Elio est juive avec discrétion...
La force du film est dans la justesse des réactions d'Elio aux diverses situations qu'il rencontre car si Elio est un garçon exceptionnel, comme l'acteur qui l'interprète, son attitude envers les jeux de l'amour et les personnes de son entourage est typique de l'adolescence et en cela fait que son histoire à une portée universelle.


Il est réconfortant dans une période ou le puritanisme est roi de voir un film qui décrit comme une belle et positive histoire l'amour entre un jeune homme et un adolescent.
Même si je n'aspire jamais à une illusoire objectivité dans mes recensions pour celle ci encore moins que pour une autre, pour la raison très particulière que dans ce même été 1983 j'ai connu une histoire assez similaire à celle d'Elio et d'Oliver mais qui a duré beaucoup plus longtemps que pour eux et qui s'est transportée deux ans plus tard en... Italie. J'ai pu à la lumière de mon expérience constater combien les états d'âme et les réactions d'Elio étaient juste de même que les dialogues. Par exemple comme Elio mon petit ami saignait du nez lorsqu'il était contrarié...


La vision de Call me by your name m'a confirmé dans mon impression d'exil d'un pays dans lequel il est impossible de revenir, celui des années 80. Dans cette Italie où sur les mur on voyait des affiches du Parti Communiste italien et du Parti socialiste italien mené par Craxi qui sera bientôt chef du gouvernement et ensuite devra, accusé de malversation, prendre le chemin de l'exil pour y mourir sans avoir revu son pays...

C'était un temps avant le sida, un temps où il existait des parents permissifs qui parfois encourageaient, comme je l'ai connu la relation de leur fils avec un ainé; un tout autre temps vous dis-je... Cette compréhension est mise en valeur dans la scène où après le départ Oliver, son père se confie à son fils/ << Je t'envie. Nous nous débarrassons tellement de nous-mêmes pour être guéris des choses plus vite que nous faisons faillite à l'âge de trente ans.» Il admet, avoir eu une fois ce qu'Elio et Oliver ont eu, mais quelque chose s'est l'a arrêté sur le chemin, et il conseille à son enfant de saisir l'instant, y compris la douleur que le présent apporte, alors qu'il est encore jeune.



J'ai toujours du mal à quitter des personnage aussi puissants que ceux de "Callme by your name" et si ce film n'était que le premier chapitre d'une chroniques de la vie des personnes que nous y avons rencontrés, peut-être que le prochain chapitre se penchera sur la position du jeune homme dans le monde, que veut-il et que reste-t-il quelques années plus tard d'un tel coup de poing émotionnel qui fait de lui ce qu'il est?








        






Illustration par Son Eunkyoung 
illustrateur et imprimeur indépendant (via Instagram )






17 commentaires:

  1. Merci pour cette belle recension. Je compte voir le film lundi. Avez vous lu l'ouvrage ( André Aciman, Grasset) dont il est tiré ?
    Merci pour vos billets.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je compte lire ce livre d'autant que des amis qui l'avaient lu m'en on dit beaucoup de bien et qu'il le trouve supérieur au film mais je ne l'ai pas encore lu.

      Supprimer
  2. Je suis très satisfait que l'Oscar n'ait pas été décerné à un personnage de pédé et soit revenu à Gary Oldman.
    ça nous change de la complaisante cérémonie des Césars récompensant ce film à la gloire d'Act-Up et que je n'irai jamais voir.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour mémoire, les oscars sont décernés à des acteurs, pas à des personnages. Votre haine et votre homophobie sont consternantes.

      Vous vous cachez derrière un anonymat bien commode, vos propos, si vous les teniez au grand jour, seraient passibles de poursuites.

      Vous avez bien tort de ne pas aller voir "120 Battements". Cela vous sortirait de votre cave pleine de préjugés et de haine.

      Quant à "Call me by your name", je crois effectivement que vous n'y comprendrez rien du tout. Ce film va bien au-delà du cinéma gay et lesbien pour aborder quelque chose d'universel, la transition vers l'âge adulte, les premiers amours, la mémoire.

      Encore faut-il ne pas avoir un cerveau reptilien et une haine recuite pour savourer ces moments de bonheur cinématographique.

      Supprimer
    2. Vous avez bien sûr entièrement raison. L'attribution d'un Oscar à un film ou à un acteur est toujours discutable (comme tous les prix) dans ce cas il ne faut pas oublier que les votants pour les Oscars sont des professionnels américains et plus âgés que la moyenne des spectateurs. Ils privilégient toujours la GROSSE performance, la subtilité n'est pas la qualité première de ces électeurs. La recette pour obtenir un Oscar pour un acteur est d'interpréter un rôle de débile ou d'handicapé moteur, voir de fou ou de grand alcoolique ou comme dans le cas présent un rôle qui demande des heures de maquillage. Ceci dit Gary Oldman qui en fait beaucoup dans "Les heures sombres", (film à voir conjointement avec le récent "Dunkerque") mais comment ne pas cabotiner lorsque l'on interprète Churchill qui dans la vie jouait aussi son personnage, est un excellent acteur et il mérite bien son Oscar ne serait-ce que pour l'ensemble de sa riche carrière; la carrière comte aussi pour l'attribution d'un Oscar ce qui est assez normal.

      Supprimer
  3. Merci pour cette très belle recension de ce film exceptionnel, aussi beau qu'intelligent et sensible....
    Ce film fera date, pour toutes les raisons que vous évoquez, et par les résonances de cette histoire et de ses deux protagonistes pour beaucoup d'entre nous...

    RépondreSupprimer
  4. Bon, on y voit l'affiche de Roland Garros 1981, l'accessoiriste n'est donc pas tout à fait mauvais...

    Beau film, bon encore une fois le plus jeune a 5 ans de plus que celui donné dans le script...on pardonnera.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas lu le script mais l'acteur "fait" seize ans ce qui était je crois l'âge de Thimotée Chalamet lors du tournage. Age qui est cohérent avec l'Histoire. Le choix de l'ainé en revanche qui semble plus âgé que les 25 ans annoncés et sa stature qui renforce la différence d'âge, il domine Elio d'une quinzaine de centimètres est un choix significatif qui montre l'attirance d'un adolescent pour un homme et non pour un de ses presque semblables; certains jeunes hommes font encore adolescent à 25 ans et certains garçons de 16 ans sont déjà physiquement des hommes.

      Supprimer
    2. Merci pour tous ces éclairages !
      Les âges réels, lors du tournage en juin 2016 : TC 21 ans...., AH : 30 ! Bon, il faut un poil de maturité pour les rôles, même si, en effet, guère de poils au menton de TC :-)

      Supprimer
  5. Suites : dans le conclusion de son intéressante et sensible recension, notre hôte forme le souhaite d'un prolongement ou d'une suite...Les dernières pages du livre apporteront quelques lumières au lecteur qu'il est aussi. Il serait intéressant de savoir si une version du scénario - oscar à J. Ivory - incorporait ces éléments.
    Pour revenir ua film, à mon avis, une seule faute de goût, et ce n'est pas au sujet d'un fruit défendu, mais lors d'un médiocre simulacre dans l'embrasure d'une porte...plan de cinq secondes, inutile de surcroit. Tout le reste est superbe et sublime.
    Revoir le passage des deux acteurs chez Yann Barthès est amusant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai toujours pas lu le livre.
      Ce très beau film n'est pas parfait, la perfection n'existe pas.
      Je ne suis pas d'accord avec vous sur le plan évoquant une fellation entre deux portes, c'est assez bien fait et la rapidité du plan est raccord avec la scénario qui veut bien montrer dans ce vite fait mal fait le cynisme (sporadique) d'Oliver.

      Supprimer
  6. C’est émouvant d’apprendre que ce très beau film sur la jeunesse et l’amour offre à James Ivory un 1er oscar … à 89 ans ! "Call me by your name" est il est vrai un bain de jouvence parfaitement réussi. On ne peut qu’être enchanté par ces images, ces corps, ce décor, et ce bonheur teintée de nostalgie qui se termine par une superbe morale hédoniste, énoncée de manière très touchante par le père, puis qui se lit merveilleusement sur le visage du fils dans les dernières secondes. J’ai relu avec un plaisir d’autant plus grand votre très intéressant billet en revenant du cinéma, où j’étais allée grâce à vous bien sûr. Merci !
    Enfin, je dois à Bruno l’amusement d’avoir vu le détail de l’affiche qui m’aurait autrement échappé, de savoir que je n’étais pas seule à n’avoir pas compris la brève fausse note entre deux portes, et d’avoir visionné le passage des deux acteurs chez Yann Barthès : un délicieux complément du film !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'époque est très bien rendue (il y a peu être une voiture peut-être un peu trop récente dans un plan fugitif à la fin du film lors de leur escapade montagneuse) le décorateur du film aurait bien mérité un Oscar lui aussi. Comme je le répond dans un autre commentaire les électeurs des Ocars ont un profil bien particulier (comme celui des Césars, je fus l'un d'eux, il y a quelques années). Le subtil James Ivory n'avait pas du tout le profil pour être oscarisé. Je ne peux pas juger de son adaptation n'ayant pas encore lu le livre dont est tiré le film. Mais c'est très bien pour lui et j'en suis bien content car il a tourné bien de beaux film. Comme je l'écris par ailleurs le reste de sa carrière à pesé lourd en sa faveur pour l'attribution de son Oscar. La statuette est aussi parfois un rattrapage pour les oubliés des palmarès précédents ce qui fait que certains acteurs et cinéastes ne sont pas récompensés pour leur meilleure prestation c'est un peu le cals d'Oldman cette année dont le reste de la carrière n'est pas étranger à l'attribution de son prix qui est néanmoins mérité. "Les heures sombres est un film à voir".

      Supprimer
  7. Encore moi :_) Les petites bouffées de grossièreté ? vulgarité ? sont dans le livre : après 150 pages très proustiennes -normal - a priori joliment traduites, arrive la première scène de lit - escamotée dans le film, on se demande pourquoi avec la scène du fruit défendu...dans le livre, donc, cela se conclu par, c'est Elio qui raconte des dizaines d'années plus tard : "j'ai pas pu faire de vélo pendant 3 jours" ( je pousse à peine le bouchon ); le cinéaste a peu tourné mais après son remake de La Piscine, il aurait pu jeter un oeil aux Amants de Louis Malle et s'inspirer du pano du metteur en scène du Feu Follet, et ne pas conclure la séquence sur une fenêtre, c'est faible, surtout que son jeune acteur savait parfaitement simuler...On admirera le caractère assez proustien aussi de mes phrases...
    Merci à Ismau pour son plaisant commentaire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La cette fois je vous approuve entièrement le panotage sur la fenêtre est une faute et une sorte de défaussage du réalisateur d'autant que les acteurs ne sont pas particulièrement pudique dans d'autres scènes, je ne crois donc pas que la réticence vienne d'eux. Les scènes de sexe sont difficile à tourner. Je trouve que de n'avoir pas mis une rupture de ton (une grossièreté) dans le film est une bonne idée de l'adaptateur, en l'occurrence James Ivory qui lui a bien tourné une scène de sexe gay dans Maurice avec le tact que demandait le roman de Foster. Je n'ai plus en mémoire le pano de Malle dans les Amants de Malle. Il va falloir que je révise...

      Supprimer
  8. Bon, d'accord, on a du temps à perdre....

    https://www.google.it/maps/@45.4051949,9.5527923,3a,75y,258.4h,92.86t/data=!3m6!1e1!3m4!1sdJV1pl3fEk-5bWHJBjP1qg!2e0!7i13312!8i6656

    RépondreSupprimer