mardi 24 avril 2018

CYPARISSUS par Jacopo Vignali ( 1592 - 1664) Vers 1625


Il y avait à Cos (en Grèce) un cerf qui ne craignait pas les hommes. Le jeune Cyparissus, aimé d’Apollon pour sa grande beauté, vouait une affection particulière à l’animal dont il garnissait les bois de guirlandes de fleurs. Un jour, alors que l’animal s’était étendu sur l’herbe, Cyparissus, sans le vouloir, le transperça de son javelot. Voyant le cerf mourant, il voulut mourir lui aussi. Il demanda que son deuil soit éternel et que ses larmes coulent éternellement. Apollon accéda à sa demande en le transformant en cyprès, l’arbre de la tristesse. Apollon lui dit alors : "Je verserai sur toi des larmes, tu en verseras sur les autres et tu seras le compagnon de la douleur".
Ovide, Les Métamorphoses, Livre X.

Un mois à la campagne de Tourgueniev, mis en scène par Alain Françon au Théâtre Dejazet



Il ne se passe pas grand chose dans les pièces russes de messieurs Tourgueniev et Tchekhov; ce dernier regardera cinquante ans après, mais avec un peu plus d'aménité que son devancier, ce même petit monde d'aristocrates plus ou moins argentés qui finissent par s'ennuyer à force de se regarder le nombril. Le tour de force de ces deux grands auteurs est de nous intéresser avec ce presque rien. 
"Un mois à la campagne" de Tourgueniev ne déroge pas à l'habitude. Dans leurs immenses terres, dont on compte encore la valeur en nombre de serfs, la pièce a été écrite en 1850, la vie des Isalaiev est paisible. Monsieur (Guillaume Lévêque) est affairé à la gestion de son immense domaine mais sa femme Natalia Petrovna (Anouk grinberg) a beau badiner avec l'évanescent Rakitine (Micha Lescot) son amoureux transi de coeur, elle s'ennuie. Quand enfin survient l'inattendu en la personne de Beliaev (Nicolas Avinée) un étudiant moscovite, engagé pour l'été comme précepteur de Kolia, le fils de la maison. Natalia Petrovna tombe immédiatement amoureuse du jeune homme. Mais sa pupille Vera est également éprise du garçon. Natalia Peyrovna aidé dans ses manœuvres par le docteur (Philippe Fretun), un magouilleur de haut-vol et de basses oeuvres, va intriguer pour marier la pauvre fille avec un barbon cousu d'or (Jean-Claude Bolle-Reddat)... C'en est fini de la tranquillité chez les Isalaiev.    
Il faut l'immense talents de la mise en scène réglée au millimètre d'Alain Françon et tout le savoir faire des comédiens pour donner vie à ces fantoches, d'autant que la pièce est plus une suite de monologues savoureux que de dialogues. On reconnait bien là la patte talentueuse de Michel Vinaver, le traducteur de la pièce.
Alain Françon comme à son habitude ne fait jamais se déplacer, comme beaucoup d'autres metteur en scène, ses comédiens pour rien. Chacun sait à chaque instant où il doit être. Ainsi chacun des personnages est toujours à la bonne distance des autres. C'est patent avec le jeune garçon, environ 14 ans qui joue Kolia.
Il est amusant de constater qu'"Un mois à la campagne" se termine de la même façon que "La cerisaie" de Tchekhov: une vieille personne est abandonnée de tous. Françon a repris le même dispositif qu'il avait utilisé pour clore "La cerisaie": la lumière s'éteint sur un personnage que la vie va bientôt quitter; ici sur l'aïeule des Isalaiev, jusqu'au noir complet. L'intensité du procédé était à son summum dans "La cerisaie" au théâtre de la Colline lorsque l'obscurité se faisait sur Jean-Paul Rousillon dont on présentait que c'était la dernière fois qu'on pouvait le voir sur une scène. Il est mort quelques semaines après. Cette dernière image de cet immense comédien est un de mes grands souvenirs de théâtre.
Un autre immense comédien est Micha Lescot qui parvient à donner chair au languide Rakitine, le seul personnage de la pièce pour lequel on peut avoir de l'empathie. Anouk Grimberg toujours aussi bonne comédienne mais à la voix, hélas toujours nasillarde, a la lourde tâche d'interpréter Natalia Petrovna dont l'ennui a rongé le coeur et l'esprit pour en faire qu'une méchante inconstante.
Le reste de la distribution serait impeccable si ce n'était une erreur de casting qui n'est pas du au manque de talent du comédien mais à son physique. Comment a t-on pu distribuer Nicolas Avinée dans le rôle de Beliaev! Comment peut on penser que ce massif garçon gauche au cou totalement absent, il a la tête posée sur des épaules de déménageur, pourrait affoler à la fois la belle Natalia Petrovna dont tout au long de la pièce les costumes ainsi que ceux de Rakitine sont suberbes (les autres sont habillés comme des sacs!) et cette petite dinde de Véra. Il faut pour cela que la campagne russe d'alors ait été un désert question femme!
Alain Françon se déjoue de toutes les contraintes, y compris de celle d'un décor quasi inexistant, pour nous offrir une belle soirée de théâtre, cela s'appelle le talent.  


      

Samuel Steward (1909-1993) réédition augmentée






Samuel Steward a eu des vies multiples, souvent parallèles. Il était à la fois un professeur de collège, un tatoueur, un dessinateur et un auteur. Ces nombreuses activités qui pour certaines, pour la société étaient incompatibles, lui oni fait publier abondamment sous son seul prénom, sous lequel il est probablement plus connu que sous son nom, surtout pour l'érotisme explicite de sa production visant les gay. Il a aussi publié sous le pseudonyme de Phil Andros. Selon les termes de Terence Kissack, le directeur exécutif de la GLBT Historical Society, "Steward est parmi les figures les plus fascinantes de la queer culture de l'après-Seconde Guerre mondiale ».

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Il est né Samuel Morris Steward le 23 Juillet 1909, à Woodsfield, dans l'Ohio. Il était le seul fils d'un professeur et d’une enseignante d'école primaire. Sa mère est morte quand il était encore qu'un jeune garçon et il a été élevé par deux de ses tantes, qui possédaient une pension de famille.





Steward a vécu à Woodsfield jusqu'à l'âge de 18 ans, âge auquel il s'installe avec ses tantes à Columbus, dans Ohio, pour étudier à l'Ohio State University. Après avoir obtenu son baccalauréat, une maîtrise (1932), et un doctorat (1934), il passe les vingt années suivantes dans le milieu universitaire.





Steward était professeur d'anglais au Carroll College, à Helena, dans le Montana de 1934 à 1935 puis il professeurs assistant d’anglais à l’Université d’état de Washington (aujourd'hui la Washington State University) à Pullman. Il a été congédié de son poste en 1936, à cause de la représentation de la prostitution dans son roman Angels on the Bough, publié la même année.






Steward a ensuite déménagé à Chicago, où il a enseigné comme professeur agrégé d'anglais à l'Université Loyola de 1936 à 1946 et à l'Université DePaul de 1948 à 1954.

De 1946 à 1948, il a été rédacteur en chef pour les rubriques concernant la religion, les beaux-arts et l'éducation de la World Book Encyclopedia.







Au cours de sa vie, Steward fait la connaissance de certains des plus grands et des plus notoires noms de l'art et la culture du XXe siècle, comme Gertrude Stein et Alice B. Toklas, André Gide, Thomas Mann, Lord Alfred Douglas (l’amant d’Oscar Wilde), et Alfred Kinsey. Pendant une brève période, il a été l'amant du dramaturge et romancier Thornton Wilder.

Steward avec Gertrude Stein
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Il a gardé les enregistrements de ses nombreuses rencontres sexuelles qu'il a consignées dans des fiches, ce qu'il a appelé son « dossier Stud ». On y trouve entre autres Rudolph Valentino, rencontré un mois avant sa mort, Roy Fitzgerald plus connu sous le nom de Rock Hudson et Thornton Wilder. Il a gardé ce qu'il prétendait, être une touffe des poils pubiens de Valentino dans un ostensoir qu'il a gardé à son chevet tout le reste de sa vie. Gide lui aurait une fois prêté pour une soirée le beau jeune arabe qu'il avait amené d'Afrique du Nord en France (je n'ai rien trouvé dans le journal d'oncle André à ce propos. Samuel Steward était peut être un peu mythomane, ce qui est assez curieux pour quelqu'un qui a eu une vie aussi riche). Plus de détails dans ses mémoire paru en 1981. Dans un tout autre genre littéraire il a édité également sous le titre de Dear Sammy sa correspondance avec Gertrude Stein et Alice B. Toklas (Houghton Mifflin, 1977) qui lui avaient fait connaitre 
Thornton Wilder, un de ses amants, et il a écrit « Gertrude Stein-Alice B. Toklas mystèries » mettant en vedette le célèbre couple en tant que détectives!  (photo immédiatement ci-dessus : Thornton Wilder)

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En 1932, alors qu'il était encore étudiant à l'Université Ohio State, Steward a commencé à correspondre avec Gertrude Stein et Alice Toklas. Il les a finalement rencontrées en personne cinq ans plus tard en France. Après la mort de Stein en 1946, Steward a continué à visiter Alice B. Toklas presque chaque année à Paris, jusqu'à sa mort en 1967.







En 1949, Steward rencontre Alfred Kinsey et est devenu un «collaborateur officieux» dans ses recherches sur la sexualité humaine, les deux hommes sont restés amis jusqu'à la mort de Kinsey en 1956. Steward a participé à une scène S.M en 1949 pour un film de Kinsey, avec un sadique que Kinsey avait fait venir d’avion de New York!


Steward a quitté le monde académique au le milieu des années 50 pour gagner sa vie comme tatoueur sous le nom de Phil Sparrow. Comme il l'explique dans une interview, Steward a inventé son nom commercial pour sa propre protection: <<J’avais fait se chevaucher mes deux dernières années dans l'enseignement à l'université avec mes deux premières années de tatouage. J'ai utilisé Phil Sparrow pour garder cette vie cachée de ma vie universitaire>>.








Au début des années 50, il réalise des dessins pornographiques, beaucoup d'entre eux sont fait d'après ses propres photographies Polaroides. Certains ont été publiés dans la revue trilingue suisses homosexuelle Kreis Der (le cercle).







En tant que défenseur des théories d'Albert Parry, auteur de l'ouvrage

 historique Tattoo, secrets d'un art étrange pratiqué par les indigènes des États-Unis, paru en 1933 et de la vision néo-freudienne qui regardait le tatouage comme un acte sexuel en raison de l'insertion de fluide, Steward décrit le tatouage comme une «expérience sensuelle."







Il a travaillé comme tatoueur à Chicago et Oakland, en Californie jusqu'en 1970.













Dans les années 60, Steward a commencé à écrire des nouvelles homosexuelles érotiques sous le nom de Phil Andros. Comme il l'explique: «Je n'ai pas utilisé ce pseudonyme pour me cacher de quelque chose, c'est une blague. En grec Philos signifie aimer  et  Andros veut dire Homme >>.
Dans une interview Steward a commenté: << Je considère que l'érotisme à la plus pure forme de divertissement, ce qui rend la connexion plus directe entre le lecteur, l’écrivain et l’œuvre.>>

















En commençant par $tud, publié en 1966, les livres d’Andros sont une série de récits illustrés et pleins d’esprit, écrits à la première personne d'un prostitué fictif. Comme a expliqué Steward, il a fait le narrateur de ses histoires un prostitué masculin parce qu’un prostitué "entre facilement dans n'importe quel niveau de la société." «Il peut aller voir un juge aussi facilement qu'il peur aller voir un surfeur.








Bien que la plupart des livres d’Andros aient été publiés initialement dans les années 60 et au début des années 70, ils ont été réédités une décennie plus tard devant leur succès critique et commercial considérable.





Les autres titres d’Andros sont: The Joy Spot (1969); My Brother, the Hustler (1970, réintitulé My Brother, My Self, 1983); Renegade Hustler (1970, réintitulé Shuttlecock, 1984); When in Rome, Do ... (1971, réintitulé as Roman Conquests, 1983); San Francisco Hustler (1971, réintitulé The Boys in Blue, 1984); The Greek Way (1971, réintitulé Greek Ways, 1984); Below the Belt and Other Stories (1981); and Different Strokes (1984).
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John Preston a dit de ses livres qu’ils étaient "des récits de voyages dans la vie gay en Amérique pendant les années cinquante et au début des années soixante. Alors que certains autres auteurs de « porno » se sont contentés d'une seule dimensions avec le seul sexe comme rouage, Phil Andros était un observateur des rapports sur les mystères et les fantasmes des multiples facettes des expériences sensuelles. Sa vision contredit une homosexualité malheureuse, empreinte de culpabilité.



















Tout au long de sa carrière, Steward a également participé à de nombreux magazines européens sous divers pseudonymes, dont Donald Bishop, Thomas Cave, Ted Kramer, John McAndrews, Joe Reynolds, Ward Stames, et Philip Young.





Three Wheelers, c.1954






Steward est décédé le 31 Décembre 1993, à 84 ans, de maladie pulmonaire chronique à Berkeley, en Californie.

Samuel Steward







































En 2010, Justin Spring a sorti un livre, An Obscene Diary: The Visual World of Samuel Steward, une compilation d'œuvres d'art de Stewart , de photographies, ainsi que les notes de son "carnet de baise" qui décrivent ses rencontres érotiques.





An Obscene Diary: The Visual World of Sam Steward - Justin Spring























Statue, Cimetière de Montmartre


Werner Bandi

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